Bénédicte GRIMARD – Professeure Zootechnie Economie Rurale à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort.
Bruits de fond des élèves qui se rapprochent et viennent d’une allée.
Interview de la professeure :
« Je m’appelle Bénédicte GRIMARD, je suis enseignante en zootechnie. Donc j’ai eu mon accident en 2007et c’était au moment où la structure ici était en travaux et donc la directrice du centre m’a tout de suite demandé ce qu’il me fallait comme aménagements pour que je puisse revenir. Je n’avais pas encore repris le travail qu’elle m’a demandé ce qu’il me fallait pour que je puisse revenir.
Donc au départ j’ai fait de l’enseignement ici sur le centre et puis j’ai vu que je pouvais envisager de retourner en élevage. C’est là que j’ai demandé à avoir un fauteuil électrique adapté pour aller en élevage. Moi au départ, je ne savais pas si je pourrai retravailler mais donc le directeur de l’époque m’a dit que si je voulais retravailler il me redonnait l’accès à mon bureau. J’avais un bureau à l’étage et pour que je puisse retourner avec mes collègues il était prêt à faire l’investissement, de mettre un élévateur, d’agrandir la porte de mon bureau, d’aménager mon bureau pour que je puisse retourner avec mes collègues.
Les gens sont hyper attentifs à moi parce-que je suis très dépendante des autres. Je vois qu’ils devancent, enfin c’est pas forcément qu’ils devancent mais qu’ils sont très attentifs à me donner un coup de main. C’est mon regard sur eux qui a le plus changé je pense. Je crois que leur regard sur moi je ne sens pas qu’il ait changé.
C’est petit à petit, je trouve, qu’on retrouve la foi, la possibilité physique. Moi c’est pareil, au début je ne pouvais pas faire un cours, parler pendant une heure un peu fort, c’était pas … physiquement ce n’était pas possible. C’est redevenu possible. Il faut voir l’importance de tout, enfin c’est-à-dire qu’on peut faire des choses petites qui sont « tout aussi utiles que ce que l’on faisait avant » entre guillemets, où au moins je me sentais utile parce que j’étais responsable de mon équipe de recherche, je faisais des papiers, des publications, des déplacements, des déplacements à l’étranger et tout ça. Bon, je ne fais plus ça, je ne peux plus faire mes déplacements à l’étranger, c’est trop compliqué mais j’ai, entre guillemets « baisser mes ambitions sur ce niveau-là, sur ce plan-là », mais ce que je fais reste utile.
Je fais 2 jours de télétravail par semaine mais j’suis pas plus souvent absente. On n’est pas absent de toutes façons. J’ai mis du temps, là, quand même ça fait dix an mon accident. Il m’a fallu un certain temps pour de nouveau être physiquement capable de faire, on va dire, un plein temps. Ce qui compte c’est le désir, de garder le désir de faire quelque chose. »