Handicaps invisibles : découvrir le témoignage de Guillaume

Découvrez le témoignage inspirant de Guillaume, dans le cadre de la campagne de sensibilisation "Stop aux jugements hâtifs".

Comment vous sentez-vous sur votre poste de travail, au sein de votre service et au sein du ministère ?

Aujourd’hui, je ne me pose rarement la question de mon handicap, j’aime ce que je fais et je suis bien intégré dans l’équipe avec laquelle je travaille : je suis technicien de laboratoire et je souffre d’un trouble schizo-affectif.

Pour comprendre mon parcours, il faut revenir à l’époque où je faisais mes études. J’ai un master de Biologie des Organismes et j’ai suivi un master de Philosophie des Sciences. C’est à cette période que j’ai eu ma première crise. Je me souviens avoir réalisé mon mémoire de première année à l’hôpital avec l’aide de mon médecin psychiatre qui relisait mes écris pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’aberrations délirantes. J’ai ainsi pu valider ma première année en étant bien soutenu et accompagné, notamment par mes parents. Malheureusement, je n’ai pas pu valider ma deuxième année de philosophie, trop impacté par la maladie et le poids des médicaments.

Après plusieurs années à me reconstruire, j’ai réalisé une reconversion professionnelle dans un centre de rééducation professionnelle (CRP) pour devenir technicien de laboratoire. Ces établissements permettent à des personnes en situation de handicap d’obtenir un diplôme plus adapté à leurs situations. Début 2021, un professeur de l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort m’a proposé un poste dans son laboratoire.

J’ai eu une crise dès la première semaine… Il y a eu beaucoup d’informations d’un coup et je n’ai pas supporté la pression du changement. Le stress est notre pire ennemi, on peut être très sensible à la nouveauté dans son quotidien et à la rencontre de nouvelles personnes.

J’ai décidé de tout de suite en parler à mes responsables. Ces derniers ont été patients et mes collègues ont tous été très attentionnés à mon égard, même sans que je le sache. Grâce à une adaptation progressive et adaptée à mon nouveau poste, j’ai pu commencer à travailler. En tant que malades psychiques, on a besoin d’être entouré de personnes bienveillantes et empathiques, ce qui a été mon cas.

Ma maladie est toujours là, elle fait partie de moi mais je ne la ressens plus aussi intensément qu’avant. Il m’arrive de passer plusieurs jours, voire semaines, sans vraiment en être affectée. Cette pathologie ne se guérit pas, j’ai toujours de petits troubles. Ainsi, je ne dois pas négliger les temps de repos et de sommeil et, je dois suivre un traitement médicamenteux quotidiennement.

A la fin de l’année, cela fera 4 ans que je travaille à l’Ecole Vétérinaire : 4 ans sans nouvelles crises notables. Ça se passe très bien, je me sens bien et j’en suis très fier.

De votre point de vue, en quoi le collectif de travail et le manager peuvent-ils faciliter l’accueil et l’intégration d’une personne en situation de handicap ?

Quand quelqu’un vous dit qu’il souffre de maladies psychiques, on a souvent l’idée que ça va être compliqué, qu’il peut être dangereux… Ce que je conseille c’est de poser des questions, de se renseigner sur la maladie, d’y aller progressivement et d’être patient avec la personne qui se confie à vous sur son handicap.

Il est important d’énoncer clairement à la personne concernée ce qu’on attend d’elle. Personnellement, en tant que personne souffrante d’une maladie psy, je n’hésite pas à faire répéter ou bien à demander des précisions pour comprendre certaines attitudes ou situations. C’est rassurant et ça évite les ambiguïtés et les ruminations inutiles.

L’objectif est d’éviter les situations stressantes car, même pour une personne stabilisée, elles peuvent conduire à une crise. Il faut y aller progressivement.

Auriez-vous un message à faire passer auprès de personnes concernées, au regard de votre propre expérience ?

Je pense qu’il faut parler de sa maladie psy, notamment aux encadrants. Par exemple, en cas de crise je peux me renfermer sur moi-même. Cela peut être mal interprété et les réactions de mes interlocuteurs peuvent être mal adaptés : en parler permet d’éviter tout malentendu.

J’ai toujours eu une bonne expérience quand j’ai parlé de ma maladie. Les gens sont généralement bienveillants et à l’écoute. Tout le monde est capable de faire la part des choses et beaucoup de situations peuvent se débloquer en communiquant.

Comme dans toutes les relations humaines, la communication est le maître mot !

Généralement les personnes atteintes de troubles psy qui travaillent se sentent bien et ont conscience de leur maladie. Mais cela peut-être plus compliqué pour la personne qui ne réalise pas qu’elle a une pathologie et qui refuse de l’accepter. C’est un travail long et difficile, qui prend du temps : le chemin n’est pas le même pour tout le monde.

A l’avenir, j’aimerais faire de la pair-aidance. C’est une entraide entre personnes souffrantes ou ayant souffert d’une même maladie psychique. Les pairs-aidants vont témoigner dans des hôpitaux ou des associations afin de partager leurs expériences et d’apporter un peu d’espoir aux personnes qui sont encore dans la difficulté de leurs maladies.


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