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Blandine Théry-Chamard, Haute fonctionnaire en charge du handicap et de l’inclusion au ministère

Inspectrice générale de la santé publique vétérinaire, en poste au Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), elle a été nommée Haute fonctionnaire en charge du handicap et de l’inclusion au ministère par Stéphane Travert en janvier 2018. Interview.

Une politique interministérielle renforcée
Pour que la question du handicap - priorité du quinquennat - soit diffusée dans l’ensemble des ministères, le Premier ministre a demandé à chaque membre du gouvernement de désigner un correspond handicap. La Secrétaire d’État en charge des personnes handicapées, Sophie Cluzel, a réuni ces Hauts fonctionnaires au handicap et à l’inclusion lors d’un comité d’installation en janvier. Elle leur a donné trois axes de travail : l’exemplarité, la communication et la simplification des dispositifs. En ligne de mire : la mise en œuvre d’un plan d’actions 2018-2022.

Qu’est-ce qui vous a motivé à occuper cette nouvelle fonction ?

En tant qu’Inspectrice générale de la santé publique vétérinaire, j’ai toujours eu le goût du soin. Et j’ai été sensibilisée au handicap à titre personnel, à plusieurs occasions dans ma vie. A ce stade de ma vie professionnelle, démarrée à la fin des années 70, j’avais très envie de m’investir dans une nouvelle mission, une mission qui ait du sens pour moi, et qui soit une source d’enrichissement sur le plan humain. Contribuer à changer le regard de la société sur le handicap et à faciliter l’inclusion des personnes en situation de handicap, en faisant valoir leurs droits, est une démarche extrêmement stimulante.

Quelles sont les missions qui vous ont été confiées par le ministre ?

Dans un premier temps, je suis chargée de coordonner les travaux permettant de dresser un état des lieux en matière de prise en compte du handicap dans l’ensemble des politiques publiques relevant du ministère. Ma feuille de route prévoit en outre la préparation et le suivi des décisions des comités interministériels du handicap, et notamment la mise en place d’indicateurs d’inclusion.
Par ailleurs, j’ai toute latitude pour engager des actions favorisant l’implication des services déconcentrés et des opérateurs placés sous la tutelle du ministère dans la mise en œuvre de l’accessibilité universelle.

Avec qui allez-vous travailler ?

Pour chaque projet de loi, je suis chargée de veiller à ce qu’une fiche "diagnostic-handicap" (prévue par la circulaire du 4 septembre 2012 relative à la prise en compte du handicap dans les projets de loi) soit rédigée.
Rattachée fonctionnellement au Secrétariat général, je ferai donc appel à tous les acteurs concernés par la question du handicap pour nourrir ma réflexion et mon analyse. Je vais donc naturellement me rapprocher de Christophe Conan, le correspond handicap ministériel au bureau de l’action sanitaire et sociale (BASS), du service des ressources humaines, mais aussi des services compétents en matière d’accessibilité des bâtiments, d’achat public, de relation aux usagers, de communication interne... Nous avons prévu de faire un point tous les mois, avec le Secrétaire général adjoint et le BASS, afin de s’assurer que nos actions soient bien coordonnées. Je me rapprocherai également de la Haute fonctionnaire en charge de l’égalité des droits entre les femmes et les hommes et de la diversité, ainsi que de la cellule de lutte contre les discriminations au ministère, créée récemment.

J’interviens en complément des actions déjà menées pour aller au-delà de l’existant, notamment vis-à-vis des usagers.

Au sein du comité interministériel du handicap, j’ai participé avec les autres Hauts fonctionnaires aux trois réunions organisées depuis le début de l’année. La première était une séance d’installation, qui fut très médiatisée, pour afficher une politique volontariste, avec la constitution de ce réseau. La deuxième nous a permis de faire connaissance, et de bien définir les termes de notre mission. Pour la troisième, il s’agissait de partager une culture commune autour de la notion d’inclusion avec les présentations d’intervenants extérieurs spécialisés dans le domaine du handicap. Le Défenseur des droits interviendra à la prochaine réunion.

Comment définirez-vous votre rôle, et les perspectives concrètes de votre action ?

Je suis un peu un "aiguillon", pour "réveiller" les gens sur le sujet du handicap. J’incarne une forme d’autorité aussi, pour rappeler les obligations de chacun. Et dans le cadre du travail interministériel, je vais pouvoir diffuser les "bonnes pratiques" et les retours d’expériences de mes homologues, dans les autres ministères. Je connais déjà très bien deux d’entre eux, qui sont d’anciens collègues (les Hauts fonctionnaires handicap et inclusion des services du Premier ministre et du Ministère de l’Intérieur). Au sein de ce nouveau réseau, nous avons tout intérêt à échanger pour faire bouger les choses, concrètement. Au ministère, je vais prendre rendez-vous avec chacune des directions techniques, pour esquisser les bases de notre collaboration. L’inclusion est un horizon vers lequel nous tendons et même si, par définition, cet horizon est inatteignable, nous devons multiplier les actions au quotidien pour nous en approcher.

Un parcours diversifié

Blandine Théry-Chamard a commencé sa vie professionnelle en 1978 comme assistante à l’École Nationale Vétérinaire d’Alfort. Son parcours fut ensuite une succession d’ascensions, dans divers secteurs. Inspectrice vétérinaire au MIN de Rungis au milieu des années 80, elle rejoindra ensuite la DSV du Val-de-Marne, comme cheffe du service restauration et plats cuisinés. Après avoir occupé plusieurs fonctions au ministère du commerce et de l’artisanat, elle travaillera au service des haras nationaux, avant d’entamer un véritable changement de cap. Au début des années 2000, elle devient en effet cheffe du bureau des mobilités et statuts d’emploi à la direction générale de l’administration du ministère de l’agriculture (l’ex Secrétariat général). Et puis retour à ses premières amours. En 2003, elle est nommée directrice départementale des services vétérinaires de l’Essonne, puis en 2008 de ceux de Paris, qui après la réforme de 2010 deviennent la DDPP de Paris où elle occupe le poste de directrice départementale adjointe. Depuis 2015, elle est membre du CGAAER, et a été en 2016 et 2017 vice-présidente du jury de concours externe de recrutement des TSMA1 (techniciens supérieurs - spécialité vétérinaire et alimentaire).